Je ne pensais pas déclencher autant de réactions avec mon dernier message, j'avais juste rédigé une tranche de vie, c'est tout.
Quelques remarques à la lecture de vos commentaires.
Vous êtes bien optimiste en parlant de classes à 30-32, la norme dans mon lycée est de 34-35, parfois même 36 en terminale. Ce qui serait tout à fait gérable dans un monde idéal où les élèves viendraient avec une curiosité d'esprit et un minimum de coopération. Dans un monde idéal où les élèves auraient tous une vie équilibrée et sereine en dehors du lycée. Rêvons...
En ce qui concerne les problèmes au primaire et au collège, je ne peux que vous laissez la responsabilité de ce que vous écrivez, je n'ai pas d'expérience " réelle" dans ce domaine.
Ce qui me gêne lors des rencontres avec les parents, c'est l'attitude consumériste qu'ils affichent, et qu'ils ont transmise à leurs enfants. L'éducation est un droit pour tous, ce qui donne des devoirs à chacun, mais les profs ne sont pas des prestataires de services devant satisfaction à des clients. On travaille sur l'humain, pas sur des barquettes de steaks hachés.
Quand nous recevons des familles, qu'au regard de notre expérience nous conseillons un redoublement ( que les familles, de toutes façons, en 1ère, peuvent accepter ou refuser, elles sont maîtres du choix ), nous avons toujours la même réponse. Tout le monde connaît quelqu'un pour qui le redoublement n'a servi à rien. Tout le monde connaît le cas d'un élève qui, en fait, s'ennuyait parce qu'il était précoce. Tout le monde a entendu l'histoire d'un élève qui ne faisait rien en 1ère et qui a eu son bac l'année d'après.
Ben oui, mais on ne nous cite jamais tous ces élèves que nous connaissons pour les avoir eus dans nos classes pendant un an, qui ont voulu aller en Terminale, qui ont complètement décroché ou ont dû passer sous anxiolytiques, et qui finalement ont eu leur bac à l'oral, à la seconde tentative, et qui à cause de leurs bulletins scolaires désastreux n'ont obtenu aucune place en BTS ou en DUT. C'est terrible, mais malheureusement, notre expérience nous donne un autre recul que celui de certaines familles.
A propos des profs qui défendent leurs intérêts plutôt que ceux de leurs élèves, recherchez dans vos souvenirs, allez-y. Quelles étaient les revendications des profs au cours des manifs des 10 dernières années ? Les réductions d'effectifs, qui étoffent les classes et réduisent le choix des options pour les élèves. La mise en place des TPE qui favorisent les élèves ayant un accès internet, un ordinateur et des parents pour les aider à domicile. La mise en place d'une part de contrôle continu au bac, qui érode la valeur égalitaire d'un examen anonyme et national. Avez-vous jamais entendu une revendication salariale ou concernant le temps de travail ? Alors que nous passons de plus en plus de temps dans nos établissements, pour effectuer des tâches administratives autrefois prises en charge par un personnel lui aussi en réduction. Alors que les établissements bidouillent les emplois du temps pour donner à chacun JUSTE un peu moins de 6 heures en classe d'examen, ils économisent ainsi une heure de salaire par personne, et ça démotive des profs qui, comme tout le monde, préfèrent se sentir reconnus dans leur boulot.
Enfin, bref, tout ça pour dire que rien n'est simple, qu'un cas particulier n'est qu'un cas particulier et non généralisable, et que nous les profs, n'avons pas spécialement besoin qu'on nous rappelle quel est notre rôle vis-à-vis de nos élèves. Nous en sommes pleinement conscients, nous comptons dans nos rangs autant de crétins et de gens consciencieux que n'importe quelle profession, les politiques éducatives et notre hiérarchie ne nous facilitent pas franchement la tâche au quotidien. Et être prof est notre métier: pas un sacerdoce, pas une action bénévole, pas la seule perspective de toute une vie.